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Entrevues
Les entrevues furent réalisées en mai et avril 2008. Je connaissais une seule des cinq personnes interviewées. Il s’agit de SW. SW est l’un de mes partenaires d’escalade et de ski hors-piste depuis 2006. Nous nous sommes connu au gymnase de bloc de Canmore, The Vision. Le « bloc » est un type d’escalade très physique que ni Scott ni moi pratiquons ailleurs qu’à Canmore. Nous grimpions à The Vision pour des raisons de proximité : les gymnases offrant des parois d’escalade dans la région étant situés beaucoup plus loin, à Banff et à Calgary respectivement.
Je me suis entretenu plus d’une heure et demi avec DG le 28 avril 2008, dans son atelier dans la municipalité de Canmore, de 10h00 jusqu’à environ 12h00. J’avais rencontré DG au centre d’information et d’interprétation Peter Lougheed, dans le parc provincial éponyme (PLPP), où je travaillais alors. DG est derrière le développement des sentiers de ski de fond de Kananaskis (un groupement d’aires protégées dont le PLPP fait partie). Maintenant archéologue expérimental (il fabrique des « artefacts »), DG me démontra un grand intérêt à l’endroit de ma recherche et agréa à réaliser une entrevue aussitôt que je lui demandai. DG est à mon avis l’un des plus prolifiques skieurs hors-piste des Rocheuses Canadiennes, bien que ne s’étant jamais adonné à des « descentes extrêmes ». Sa traverse à ski, en solitaire, de Calgary à Squamish (900 km en 28 jours) en 1991 témoigne de sa détermination.
L’entrevue de DG fut un charme. Sa formation archéologique fut sans contredit un facteur aidant. DG avance une théorie sociohistorique recontextualisée par lui quant aux raisons de la prise de risque des grimpeurs. Il s'agit d'une grande théorie généralisatrice où la recherche de prestige et des partenaires sexuels les plus attrayants (socialement, individuellement) est à la base de toute entreprise humaine. Pour lui, l'évolution de l'équipement en escalade est à cet égard conséquence de la compétitivité entre individus, mais aussi entre individus et montagne, et la recherche de prestige. Paradoxalement, comme il soutient que plus de prestige est attaché à la prise d'un risque plus grand, et que l'équipement modère ce facteur intrinsèque à l'escalade, une certaine rationalité sous-tend le choix du grimpeur de s'engager dans un environnement risqué. Nous nous sommes entretenus DG et moi de la mystique de la grimpe - ce que Ortner (1999 : 36) dépeint insensiblement sous le thème de `Mountaineering en tant que critique de la modernité` -, et de la façon dont le mountaineer perçoit les changements sensibles de son environnement par le biais de son équipement, notamment pour DG par le truchement des skis, qui tiennent à tout instant le skieur informé sur la qualité de la neige. Mon informateur rationalise la prise de risque (minorant l'importance de l'équipement), mais indique que l'équipement contribue symétriquement à la finalité de la grimpe (comme de toute chose, dit-il), soit la conservation de l'espèce et la recherche de prestige (majorant l'importance de l'équipement).
Mon partenaire d’escalade, DR, qui habite à Calgary, m’avait informé que UK, AG, et PG grimpaient au gymnase de la University of Calgary les lundi soirs. Je les rencontrai sur les lieux à deux reprises, lors desquelles nous avons convenu d’une rencontre ultérieure indéterminée.
Les entrevues avec UK et TA se sont déroulées au gymnase d’escalade The Crux à Calgary, le 29 avril 2007, à 7h30 et 8h00 respectivement. L’horaire allégé d’été du gymnase de la University of Calgary est à l’origine du déplacement de UK et ses partenaires d’escalade vers The Crux.
D’abord je me butai à l’égo de UK. L’homme connaît sa réputation et s’occupe tout entier à la maintenir. Il fut envers moi, un grimpeur plus jeune et n’ayant pas une expérience, très paternaliste.
TA. Je questionne son intérêt.
L'entrevue avec SW et J réalisée entre nous en tant que groupe, mais aussi en tant que partenaires, dans la voiture de SW tandis que nous roulions vers Burstall Pass Day Use (voir le récit de l'expédition jusqu'à Palliser Pass). Les conditions d'enregistrement étaient terrible, avec musique de fond, et le bourdonnement de la carrosserie - la route étant sur gravier et neige. Je n'avais pour SW et J que trois questions. Comment décririez-vous les difficultés qui nous attendent lors de l'expédition ? Quel est l'équipement que nous allons utiliser et comment l'utilisation de ce dernier nous permettra de prélever de l'information sur l'environnement ? Le résultat fut désastreux. Comme dans le cas des entrevues précédentes, mais à un degré beaucoup plus fort dans ce cas-ci, j'étais trop près de l'objet de l'enquête. J'utilisais par ailleurs cette entrevue afin d'enquêter très particulièrement sur J, que je ne connaissais pas. Nous n'avions pas de leader attitré ; nous en étions qu'au point de mettre à l'épreuve nos savoirs, nos ressources. J’en retiens que nos intentions venaient ici s’immiscer dans notre présent.
Observation participante.
L’une des plus grandes difficultés de l’observation participante fut posée par les conditions même de la pratique de l’escalade. Il ne s’agit pas à priori d’un lieu d’échange entre les grimpeurs. Il s’agit d’un lieu de silence. Tous les échanges sur la montagne pendant la grimpe sont directement en lien avec l’activité. Ce qui ne signifie pas que les commentaires soient sérieux, au contraire : l’humour, la moquerie et la dérision sont constants.
Comment enquêter et s'engager ?