Sunday, September 21, 2008

Généralités

Tous mes informateurs et mes partenaires lors de sorties en montagne qui constituent le temps de l’observation participante de mon étude ne se considèrent pas comme « grimpeurs » ou « mountaineers ». DG est un mountaineer, certes, mais un skieur avant tout, et il rejette l’épithète de grimpeur, car il ne se dit pas, malgré sa longue feuille de route en escalade, spécialiste du rocher. PC ne grimpe plus et malgré 15 ans de pratique se dit détaché du monde de la grimpe. Il demeure néanmoins extrêmement critique au sujet des pratiques des grimpeurs aujourd’hui et je confesse avoir eu avec lui au cours de mes 2 ans et demi de résidence à Kananaskis nombre de discussions houleuses avec lui, au bar (le Woody’s, au village de Kananaskis), au sujet des styles de grimpe en particulier et de l’approche de la montagne en général par les différents sujets-mountaineers. AJ et JR ne se disent pas des grimpeuses, principalement parce qu’elles ne sont pas autonomes sur le rocher, leurs ressources techniques étant limitées. Leurs spécialisations respectives sont le vélo et le kayak. L’idée de spécialisation est donc assez répandue, mais pas totalisante. PC et SW s’investissent beaucoup plus dans le ski hors-piste que dans l’escalade, mais se disent grimpeurs tout de même.

Tous mes informateurs, se disant grimpeurs ou non, pratiquent l’escalade multi-longueur de type alpin, à l’exception de LC, qui est un grimpeur « sport ». Ce dernier maitrise néanmoins les techniques multi-longueurs. Mes deux informatrices (LC et AJ) quant à elles n’ont à leur actif qu’une unique sortie en multi-longueur, n’en maitrisent pas les techniques. Leur sortie en multi-longueur fut sur Yamnuska en la compagnie de DR et moi, en deux occasions différentes. Tous mes informateurs ont un lien avec Yamnuska : UK et son partenaire habituel AG étant sans contredit les deux premiers qui viennent en tête lorsque l’on pense à cette montagne.

Tous ces grimpeurs ont une attitude critique sur l’escalade informée par leur pratique individuelle et leurs connaissances techniques. Mes deux informatrices développent aussi une pensée critique à l’endroit des activités en montagne, mais avouent leur inconfort à partager leur opinion en compagnie de nous, les « gars », qui fréquentons ces montagnes depuis des années et en parlons avec l’assurance de celui « qui en a vue d’autres. »

Tous les informateurs de mon étude ont la conviction que le risque est fondamental en escalade. Le niveau de risque accepté varie cependant selon l’individu. Les « filles » partagent cette idée que le risque est toujours présent en montagne lorsqu’elles nous voient « ouvrir » une voie « en premier de cordée » ou dévaler une pente en ski hors-piste, mais n’admettent pas que le risque doit être présent dans la pratique de l’escalade.

Mes partenaires LC, SW et DR ne partagent pas toujours avec les autres informateurs de mon étude et moi-même que plus l’exposition au risque est grande, plus l’objectif du mountaineer est valable et, pour emprunter l’idée de DG, « plus prestigieux ».

L'une des sources fondamentales d'erreur potentielle dans cette étude repose sur la division entre observation participante et entrevues : je n'ai jamais grimpé avec mes 3 interviewés, alors que j'ai pu partager la cordée, les pistes de ski ou la tente (et parfois les trois) avec tous mes autres informateurs lors de l'observation participante. Cette dichotomie de l'approche sûrement ne contribue pas à former un corpus de données homogènes facilement comparables. La différence du matériau des données devra donc être traitée avec soins afin de ne pas ruiner l'apport particulier qui repose dans l'hétérogénéité.